Dans les villages du Gontougo, de Bondoukou à Tanda en passant par Transua, la saison de l’anacarde rythme la vie économique. Ramassage des noix, séchage au soleil, pesée, vente aux acheteurs : pour des milliers de familles du pays Abron, la noix de cajou est devenue en quelques décennies l’une des principales sources de revenus.
La Côte d’Ivoire, géant mondial de la noix de cajou
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui le premier producteur mondial de noix de cajou brute. Une large part de cette production provient du nord et du nord-est du pays, où le climat de savane convient parfaitement à l’anacardier. Le district du Zanzan, et en particulier la région du Gontougo, figure parmi les grandes zones de production.
Planté au départ pour lutter contre l’érosion et le reboisement, l’anacardier s’est imposé comme une culture de rente à part entière, aux côtés des cultures vivrières comme l’igname, le maïs ou l’arachide.

Photo : Royalesignature / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Le calendrier d’une campagne
- Floraison : en fin d’année, au cœur de la saison sèche.
- Récolte : les pommes tombent avec leurs noix ; les producteurs ramassent les noix au sol, généralement de février à mai.
- Séchage : étape décisive pour la qualité et donc pour le prix.
- Commercialisation : la campagne est ouverte officiellement chaque année avec un prix plancher fixé par l’État, à travers le Conseil du Coton et de l’Anacarde.
Les défis de la filière dans le pays Abron
Si l’anacarde a apporté des revenus, la filière reste fragile pour les petits producteurs :
- Dépendance à l’exportation de noix brutes : une grande partie de la valeur ajoutée (décorticage, transformation de l’amande) se crée hors du pays.
- Prix fluctuants : le prix réellement payé bord-champ peut s’éloigner du prix plancher, selon les intermédiaires et l’état des pistes.
- Qualité : un mauvais séchage ou stockage fait baisser le prix au kilo.
- Vieillissement des vergers : de nombreuses plantations anciennes produisent moins.
- Équilibre avec les cultures vivrières : l’expansion des vergers peut réduire les terres consacrées à l’igname et aux autres cultures nourricières.
Transformer sur place : la vraie opportunité
La transformation locale est l’enjeu majeur des prochaines années. Décorticage de l’amande, torréfaction, emballage, mais aussi valorisation de la pomme de cajou, souvent laissée au sol alors qu’elle peut donner du jus, de la confiture ou du vinaigre.
Des unités de transformation dans le Gontougo créeraient des emplois pour les jeunes et les femmes, et retiendraient une plus grande part de la valeur dans la région. Les coopératives de producteurs ont un rôle clé à jouer : regrouper les volumes, négocier les prix, former aux bonnes pratiques de séchage et de stockage.
Ce que peut faire la communauté Abron
- Soutenir et structurer les coopératives villageoises.
- Encourager les cadres et la diaspora à investir dans de petites unités de transformation.
- Former les jeunes aux métiers de la filière : qualité, logistique, transformation, commerce.
- Préserver un équilibre entre anacarde et cultures vivrières pour la sécurité alimentaire.
L’anacarde n’est pas seulement une culture d’exportation : bien organisée, elle peut devenir un levier durable de développement pour le pays Abron. Pour aller plus loin, lisez notre dossier Économie et développement du peuple Abron.
Photo de couverture : Monsieur Kouamé Daniel Directeur de l'école de Doumorossi / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
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